Séries

Lieux incertains, terres oubliées

Lieux incertains

Entre ciel et terre
Plaine et montagne
Granit et basalte
Permanence et oubli

Traces révélées ou construites
D’une occupation précoce
Justesse du topos, évidence des lieux
Puissance terrestre, échos d’infini
Lieux incertains

Dolmen du Puy d’Alou

Au soleil couchant,
Le dolmen joue avec notre mémoire
Et entretient la confusion

De la Limagne des buttes aux crêtes du Sancy
Le mégalithe rappelle ostensiblement un temps des origines
Révélé par des fragments de poteries noirâtres et des pièces aux effigies impériales

Jeu de nos artifices, tromperie des apparences
Que cache-t-il des vacillements de notre âme ?
Qui distinguera le vrai du faux de nos hésitations ?
Qui posera la vérité de notre être sur la table des sacrifices ?

Chapelle de Roche-Charles

Soufflé par la bise, le givre a envahi le roc pour l’éternité
Les lichens ont contaminé les tombes et les stèles jusque dans le profond de la pierre
En bord de vide, la forêt de Boislabert s’est figée à la vue du précipice

Dans l’attente du désastre à venir,
Les pèlerins ont entamé le chemin de Croix
Vers l’autel des offrandes

Et Roch, saint thaumaturge a suspendu la chute vers l’abîme
Voie étroite, passage par l’enclos protecteur, lumière de la paix revenue
Sous l’œil de deux modillons sculptés, protégés par les voutes
La chapelle nous sauve de nos moments de faillite

Cimetière de Saint-Arcons-d’Allier

De pierre ou d’acier, forgées et sculptées
Les croix du cimetière de Saint-Arcons s’inclinent…
Dans un désordre espiègle et surprenant

Certaines prennent la lumière du couchant
Les autres cherchent une intimité dans le rapprochement des épitaphes
Toutes ont refusé d’être figées pour l’éternité

Plus d’un siècle que cette migration imperceptible dans l’herbe douce
Accompagne Joseph et Rosalie vers la clarté d’une vie prolongée
C’est côte à côte sans se retourner qu’ils ont décidé du retour
Chaque regard porté au cœur anéantit le sort

Issandolange

Als das Kind Kind war
Spielte er vor der Mühle
Wollte der Mauer sei ein Schloss
Die Baüme sei seltsame Feinde
Und gaulbt nicht dass alles einmal enden würde

Quand l’enfant était encore un enfant
Il jouait devant le moulin
Voulait que les murs deviennent château
Que les arbres se transforment en ennemis imaginaires
Et il ne croyait pas que tout cela aurait une fin

Mais l’enfant, un jour a fermé les volets
Et les fenêtres sont redevenues murs
Les volets sont devenus lierre
Et les murs sont redevenus pierre

Issandolange, oh ma douleur !
Contemplant les traces d’une vie humaine
Revenue peu à peu à la nature
Je ne sais pas si je pleure l’effacement d’un monde englouti par le temps`
Ou la cécité des hommes face à ce miroir de la destruction à venir

Dolore, oh ma sœur !
Dans ce lieu incertain
Dans ce monde incertain
Suivre ton cours, trouver la voie.x du message

Le Fromental

S’assoir et regarder
Plénitude de la contemplation
D’un horizon sans entrave

Dans cette immensité éternelle
Se sentir soi-même part d’immuable
Laisser passer les forces du socle des métamorphoses
Et devenir granit

Protégé par Sainte Agathe
Ne plus craindre les excès des laves en fusion
Ne plus redouter le sombre des vallées et des failles
Accueillir en soit la force particulière des pays coupés des volcans

Notre-Dame d’Estours

Il faut s’approcher pour la deviner
Posée à mi-pente entre la rivière et le plateau
Prenant de haut un lacet de la Seuge

Les ombres s’allongent dans la lumière de l’hiver
Jouant avec les angles des rochers dominant la vallée
Et les traits des tuiles dans la lumière tamisée

À l’affut du prochain signe à venir
Dans le silence d’un temps figé par le gel
L’attente ne tolère ni doute ni impatience
Elle est l’essence de la foi

Saint-Julien de Chanet

Il est des vies que les lieux prolongent
Ciels immenses pour une existence sans limite
Exaltation de la bise mordante des matins glacés

Vigueur de l’herbe drue d’avril
Reliefs mouvants en alternance d’or et de plomb
Protection du porche pour les pluies de l’automne

Quand le ciel et la terre se confondent dans un seul mouvement
Pas d’au-delà. Ni abime, ni douleur
Prendre juste la pureté des formes et la modestie du refuge
Ineffable quiétude du moment présent

Sainte-Marie des Chazes

Mimétisme des formes
Confusion des matières
Le basalte attire Sainte-Marie
Comme un Irrésistible retour à la lave en fusion

Dans un effet d’écho, la chapelle résiste à l’absorption
Elle contemple son image, certaine de son destin
Son reflet dans l’Allier n’autorise aucun doute
Seul le ricochet d’un l’enfant trouble cette mise en abime

Cette série est présentée pour partie lors d’une exposition à Brioude, du 1 au 31 juillet 2022. Cette série fait également l’objet d’un ouvrage.

© Olivier Devise

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